Et revoir la mer

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Etretat – photo personnelle

Depuis qu’il avait été décidé que j’irais passer une semaine en Normandie en avril, j’égrenais un peu les jours dans ma tête. Et puis, finalement, on y était, ce samedi de départ. L’amoureux m’a déposé à la gare, en avance, parce qu’il sait que j’aime avoir le temps et aussi parce que j’avais très envie d’un chaï latte au Starbucks. J’ai lu une bonne partie du voyage dans le TGV, j’ai un peu couru pour attraper mon train vers Rouen et puis comme ça, dans l’après-midi, j’étais en Normandie. Collée contre la vitre, j’ai vu défiler des paysages vus et revus des milliers de fois, et je suis me sentie un peu bêtement émue à la vue de la Seine et des ponts de ma ville natale. J’étais de retour à la maison.

En décembre, avec Noël, le tourbillon des fêtes, ce retour m’avait paru inachevé, et j’avais traîné pendant plusieurs jours un coup de blues et de nostalgie. Alors, cette fois-ci, j’avais envie de savourer, de profiter, vraiment. De passer des moments simples avec ma famille, de profiter de ma mère, de mes grands-parents, de passer une journée avec mon père.

De cette semaine, il restera mes retrouvailles avec ma ville, ses rues pavées que je connais encore par cœur. La trouver si belle, la redécouvrir et se surprendre à l’aimer différemment. Avec un regard neuf. Cette sensation si étrange de revoir des lieux autrefois banals, familiers, quotidiens et devenus si rares. On les apprécie d’autant plus. Vouloir profiter de chaque instant, pour que le temps ne file pas entre mes doigts. Déguster la tarte aux pommes de ma grand-mère. S’offrir quelques restaurants, et revenir avec de nouveaux vêtements. Prendre un thé en terrasse près de la cathédrale. Retrouver notre ancien quartier et sourire devant ce banc où tout a commencé il y a bientôt trois ans. Marcher sur les quais. Prendre la voiture et filer sur la côté. Le soleil bleu, la mer à perte de vue, et les falaises. Le retour aux racines. Respirer l’air marin, ajuster l’écharpe autour du cou car le vent est encore bien frais. Commencer l’ascension. S’arrêter, souffler, admirer la vue. Parler de tout et de rien avec ma mère. S’offrir une crêpe banane / chocolat et un bon thé. Flâner dans les petites rues, et revoir la petite maison où a vécu mon arrière-grand-mère. Retrouver des lieux, des bruits, des odeurs, et pourtant, c’est comme si mon œil était neuf, différent. Comme si, à force de voir des lieux, de les habiter, d’y évoluer, on finit par ne plus les voir véritablement. Les grands sourires, les retrouvailles chaleureuses, les mêmes questions qui reviennent, encore et encore, et les mêmes réponses. Oui, tout va bien, en Suisse. Je donne des cours de français, et ça me plaît. Oui, ce n’est pas du temps plein, mais c’est un début. Non, on ne prévoit pas de revenir en France pour le moment. Et puis, tous ces « madame, vous nous manquez »,  ces « madame, vous voulez pas revenir, on aime pas trop votre remplaçant, c’est plus pareil sans vous » qui chamboulent.

Cette semaine m’aura fait du bien. J’ai eu l’impression de me retrouver, d’avoir pris une bouffée de sourires et de sérénité. Parce que, soyons honnêtes, oui, ce n’est pas tous les jours facile, beaucoup de choses me manquent, oui. Parfois je doute ou je suis envahie par la peur. Il a été difficile de partir ce dimanche matin gris sur le quai de la gare.

Et pourtant, alors que le train avalait les kilomètres et que je l’ai retrouvé sur le quai de cette gare, j’ai su, au plus profond de moi, avec une certitude troublante pour moi qui doute toujours de tout et de moi en particulier. J’ai su que je ne regrettais pas, pas la moindre seconde, d’avoir fait ce choix de partir. Ce choix, qu’on me dit parfois être courageux, que d’autres n’ont pas compris ou ne comprennent toujours pas d’ailleurs, ce grand bouleversement, il m’a fait du bien. Il m’a fait grandir, mûrir, sortir de ma zone de confort. Je crois qu’il était temps de tourner une page, tout simplement. De prendre un risque. De se bousculer.

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7 comments on “Et revoir la mer

  1. Ton texte me touche énormément, car je m’y retrouve… Ayant quitté mon Alsace natale il y a 6 ans, je me reconnais dans ton parcours des lieux passés et dans tes retrouvailles. Tout comme je ressens la même certitude que le départ était nécessaire pour construire ma propre vie. Il n’empêche qu’on aura toujours nos racines proches de notre cœur. Merci pour ton partage de ces émotions qui sont si proches des miennes 🙂

    1. Merci de ton passage et de ton commentaire. Tu le dis si bien, il est parfois nécessaire de partir, même si c’est douloureux. Les retrouvailles sont toujours des moments si particuliers et je suis touchée que aies pu retrouver tes émotions au miroir des miennes.

  2. Je comprend tout à fait ce que tu ressens, retrouver des endroits que tu connais par coeur mais avoir un oeil nouveau … Et la séparation est difficile, on part avec un gros pincement au coeur. Je suis contente que tu ai pu profiter de tes proches 😀

    1. Merci <3 oui les départs sont toujours des moments douloureux, que j'appréhende parfois un peu même, même si j'apprends à les gérer de mieux en mieux...

  3. Très beau texte qui me parle aussi beaucoup. Parfois partir déchire le coeur, mais on se rend compte plus tard que ça nous a fait grandir !

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