La page blanche

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Mes mots s’alignent sur le papier, et me paraissent creux, vains. Dans un coin de ma tête résonnent ces rimes que je crèverais d’envie de pouvoir écrire. J’envie tant ceux qui savent si bien manier les mots. Avide, ivre d’envie, je me laisse porter par la beauté insolente de ces enchaînements. Je regarde, un sourire au coin des lèvres, ce petit monde vivre sans moi.  Capturer un moment saisi dans l’objectif. Lumière, couleur, sensation. Montrer au monde.

Les jours passent, filent. Parfois, malicieux, le temps s’accélère. Ces trois jours de retrouvailles tant attendues et qui sont passées si vite, comme un clignement d’œil. Dans tes bras à l’aéroport, je n’ai pas envie de te laisser repartir, et toi, tu meurs d’envie que je vienne, là, maintenant. Retrouver l’appartement qui paraît si vide, silencieux. Et puis, ces rituels qui réchauffent le cœur, rendent l’absence moins douloureuse. Ces petits mails anodins dans la journée, rire pour n’importe quoi sur Skype, ne pas avoir envie de se dire au-revoir pour ce soir, alors, parler, parler, parler, se sourire, rire, se dire qu’on se manque, qu’on a hâte d’être réunis. Et cette certitude que la distance nous a rendus plus forts, plus sûrs encore de nos sentiments.

Et puis, envoyer cette lettre. Officialiser ce nouveau chapitre de ma vie et se retrouver devant une page blanche. La peur, l’impatience, l’excitation, l’appréhension, tout ça se mêle, s’embrouille. La page blanche me regarde, parfois, j’ai l’impression qu’elle me nargue. Parfois, qu’elle me sourit, me rassure. Esquisser, raturer, hésiter, se lancer, attendre, espérer, prendre des risques. Et l’apprivoiser.

***

When I’m away, I will remember how you kissed me
Under the lamppost back on Sixth street
Hearing you whisper through the phone,
« Wait for me to come home »

Bande-son : Ed Sheeran – Photograph

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