L’indépendance

tumblr_n5oq20D82P1s781yyo1_1280

Ces presque trois semaines de break m’ont conforté dans l’idée que je ne suis absolument pas faite pour être celle qui reste à la maison sans travailler. Je ne suis pas vraiment surprise. Pas du tout même.

Avoir un travail à temps complet me manque. Terriblement. Alors, oui, je sais que ça va bien finir par arriver, que c’est déjà mieux que rien, que je dois laisser le temps au temps. Mais, malgré tout, j’ai beau le savoir, l’entendre, ça me manque. Comme si une partie de moi n’était plus là. Avoir des collègues, tisser des liens, même professionnels, même superficiels, même aussi tenus que ceux qu’on tisse pendant une pause café où on échange des banalités. Se sentir utile, à sa place, là, dans une équipe pédagogique et au milieu des élèves. Tout ça me manque.

Et puis, même si j’ai beaucoup de chance parce que le salaire de l’amoureux est très confortable, ma complète indépendance financière me manque. Cette possibilité de pouvoir m’assumer totalement, disposer de mon argent, à moi, que j’ai gagné, moi, toute seule. Certes, j’ai trouvé quelques cours particuliers. Mais une fois mon assurance santé payée, l’essence, les impôts en France, il ne me reste plus grand chose, et j’essaye au maximum de le placer sur mon compte épargne. Mais, au moins, j’ai l’impression de pouvoir un peu m’assumer.

Ce qui me manque aussi beaucoup, c’est de pouvoir participer aux dépenses du foyer. Payer une partie du loyer, des charges, des courses. Alors oui, j’ai la chance de vivre avec quelqu’un qui peut assumer tout ça, qui jamais, au grand jamais ne me culpabilise, ni ne me fait de remarques par rapport à tout ça. Qui me rassure même quand je lui fais part de ce que je ressens. Mais voilà, la culpabilité, elle est en moi et c’est comme ça. Je ne suis pas celle qui va aller s’acheter des vêtements, faire les magasins,  comme ça, avec la carte bancaire du compte commun sans jamais contribuer à l’alimenter. Parce que je suis sans doute un peu fière, surtout parce que je suis d’un tempérament indépendant, parce que cette situation n’est pas vraiment un choix de ma part aussi.

Je ne juge personne et je ne veux blesser personne. Si une femme est heureuse en restant à la maison, profitant de ses enfants quand elle en a, du salaire (confortable parfois) de son mari, je respecte son choix (je ne parle que de celle pour qui c’est un choix ici, absolument pas de gens au chômage, qui n’arrivent pas à (re)trouver un travail). Ce choix, je le respecte oui, mais j’ai du mal à le comprendre, parce qu’il est très éloigné de ce que je suis et ce que je veux. J’ai du mal à comprendre qu’on puisse s’épanouir sans avoir une vie professionnelle à soi, des collègues, un salaire, une indépendance financière. Alors oui, élever ses enfants, les voir grandir, s’occuper d’une maison, c’est peut-être bien un métier à part entière, qui a ses avantages, sûrement. Peut-être que moi aussi, quand j’aurais un bébé, je choisirais, comme beaucoup de femmes ici d’ailleurs (pour des questions d’argent bien souvent, le coût des modes de garde étant exorbitant), de rester à la maison les premiers mois, voire années. Mais si c’était le cas, cette vie de maman au foyer, je la vois provisoire, comme une étape, et pas comme une fin en soi. Parce que je pense que le travail, l’enrichissement professionnel, l’indépendance financière finiraient, comme aujourd’hui, bien vite par me manquer cruellement.

0

10 comments on “L’indépendance

  1. Je comprend ce que tu ressens, je ne gagne pas assez pour participer financièrement aux dépenses communes et je culpabilise comme toi. Alors je compense en faisant de bons petits plats et en lui achetant des petits trucs, parce que j’aime offrir. 😉 Mais j’ai hâte d’avoir un CDI avec au moins 35h ^^ Ce qui se fait rare en France lol

    1. Ça réconforte de savoir qu’on est pas seule à culpabiliser 😉 J’essaye de faire le plus de tâches ménagères aussi, mais j’ai aussi un compagnon qui aime cuisiner, participer aux tâches ménagères (oui, il est parfait ^^). En revanche si je revenais avec des cadeaux, je sais que je me ferais sérieusement disputer (déjà en temps normal il n’est pas cadeau, et surtout pas petit cadeau comme ça, alors là ^^). Je te souhaite de trouver rapidement un CDI à temps plein en tout cas.

  2. Oh comme je te comprends ! Pour tout : l’indépendance financière, le manque de relations professionnelles, la culpabilité, …
    En attendant, j’essaie de me dire qu’il faut en profiter à fond tant que tout ce temps est disponible – même si je reconnais que ce n’est pas tous les jours facile ^^

  3. Hello Eleanor
    C’est toujours un plaisir de te lire : )
    Effectivement la réalisation de soi passe souvent par une activité professionnelle et des relations sociales. L’indépendance financière des conjoints est également nécessaire pour un bon équilibre du couple.
    Dans un de tes derniers échanges tu posais
    la question : Qui suis je vraiment ?
    Une partie de la réponse est dans le post du jour : une jeune femme au caractère indépendant, qui veut garder sa vie en main même si les conditions actuelles ne sont pas réunies.
    Merci pour ce partage et j’ai trouvé tes choix de vêtements très jolis ( le chemisier bleu et celui imprimé avec les cardigans associés)

    1. Merci pour ce commentaire qui m’a beaucoup touché. Je suis totalement d’accord avec toi sur l’indépendance financière et l’équilibre du couple. Je pense que c’est surtout vrai quand cet équilibre existait et que, pour une raison ou pour une autre, il est rompu. Pas facile de trouver sa place, même si l’autre est compréhensif d’ailleurs.

  4. Tes mots m’ont beaucoup touché. Je suis dans une situation semblable et comme toi cela me pèse. J’ai toujours été indépendante et me retrouver à dépendre de quelqu’un, même temporairement, me coûte plus que je ne l’imaginais. Je me rassure en me répétant que c’est temporaire, que je retrouverai bientôt mon indépendance mais le fait est qu’elle se fait désirer!
    Cette dépendance alimente également pour ma part une remise en question qui peut vite tourner au lynchage les mauvais jours si je ne fais pas attention. Il y a aussi un sentiment d’insécurité qui, même s’il n’est pas absolument pas justifié car comme toi je vis en couple et que mon compagnon me soutient, pèse très lourd sur ma nouvelle vie de tous les jours. Ma routine professionnelle me manque, tout comme les conversations anodines à la machine à café, les liens qui se tissent, la stimulation intellectuelle quotidienne.
    Impossible pour moi de profiter pleinement de tout ce temps que j’ai entre les mains, la culpabilité n’est jamais loin.
    Merci pour ton témoignage (je me sens moins seule ;-)). Je nous souhaite à toutes les deux de retrouver notre indépendance au plus vite 🙂

    1. Merci <3 Moi aussi je me sens moins seule, et ça fait du bien de partager tout ça. 🙂 Je comprends tellement ce que tu m'écris là, parce que c'est ça que je ressens aussi. Je nous le souhaite aussi 🙂

  5. Je te comprends, je suis pareille… J’ai connu ça, enfin je travaillais, mais sans pouvoir avoir l’indépendance financière, et ce n’était pas facile !
    Mais tu sais ce que tu veux, et ce qui te convient, et ça me semble déjà formidable… Comme cela, tu pourras tout faire pour que cela arrive. Courage !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *